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Psychothérapeute, psychologue clinicien, ethnopsychologie, docteur en psychologie clinique

ETHNOPSYCHOLOGIE ET PSYCHOPATHOLOGIE

Pour réaliser ce travail, j’ai effectué plusieurs Stages au service de psychiatrie de la ville en question où j’ai rencontré le Prof. et psychiatre BENSMAIL qui m’avait dit à propos de l’anorexie mentale : « C’est intéressant mais ce ne sera pas évident parce que l’anorexie mentale, au point de vue psychopathologique, n’est ni une névrose ni une psychose mais, Il est important, poursuivait-il, de l’explorer dans notre contexte culturel et savoir pourquoi le (la) malade somatise d’une façon spectaculaire ». En effet, quand on voit, une anorexique pour la première fois, c’est cette maigreur du corps qui s’impose et qui nous abasourdit.



Après la maitrise, j’ai entamé à Strasbourg des études de D.E.A en psychologie clinique dirigé par le Docteur J.P. BAUER (psychiatre et psychanalyste). Enfin, c’était Mme Charlotte HARFRAY : psychanalyste et enseignante à l’UFR des sciences du comportement et de l’environnement de Strasbourg, qui a voulu encadré ma thèse sur « l’importance de l’oralité dans le milieu traditionnel algérien » entamé un peu plutôt avec le Docteur BAUER malheureusement disparu peu après ma soutenance de D.E.A.


Dans ce travail, je suis parti du constat qui était pour moi observable, c’est l’amaigrissement chez l’anorexique et l’obésité chez le boulimique, pour élargir le constat de l’expression corporelle dans la culture maghrébine en général et ce, en pointant le lien et la référence au milieu traditionnel.

En effet, cette expression met en évidence le groupe et son importance dans la réception et la gestion des messages. Ce groupe, en effet, accueille ou rejette le message de l’autre. Le groupe est « une bouche » disait Anzieu. Le groupe est avant tout oral ; il met le lien entre l’individu et son oralité. Cette introduction de l’oralité, je l’ai pointé par le biais du stade oral de la psychanalyse. Le stade oral renvoie à cette première relation : la relation mère/enfant : (première relation du nourrisson à sa mère ou à son substitut). Cette relation détermine la future expression orale qui est pour moi, une hypothèse reflétant une base essentielle du langage par le corps dans le contexte socio-culturel Maghrébin.
Cette relation mère/enfant ne peut pas passer sous silence. Son exploration doit se faire avec l’approche de la mère, de la famille et du groupe social.

Je n’ai pas choisi la relation père/enfant car bien que le père est indispensable dans l’affaire de l’enfant mais il n’est pas tout. Cependant la mère peut être cette totalité pour l’enfant. Elle peut même se passer du père géniteur, mais tout enfant a besoin d’un père. Un père demande à être connu et reconnu car son absence est ressentie par l’enfant comme cruelle. Par ailleurs, c’est la mère qui fait ou non le travail pour que ce dernier soit repéré. L’inverse est difficile car le père ne parle pas spontanément à son enfant dans le milieu traditionnel. Ni la mère, ni le père ne s’appellent par leurs prénoms. Je situe cette perspective au niveau socio-culturel maghrébin en général, en ayant à l’esprit une représentation implicite du statut de l’homme et de la femme. La femme parle-t-elle facilement de son conjoint devant les autres ? Et l’homme parle-t-il aussi de sa femme (de la mère de ses enfants) devant (aux) les autres ? La relation mère/enfant reste à explorer car elle est la base de l’éducation dans le milieu traditionnel. C’est la mère qui est la plus proche de l’enfant car c’est elle qui le met au monde. Par conséquent elle parle de son enfant dès la naissance de ce dernier. L’homme (le père) ne dit pas grand-chose au début de cette naissance, surtout si elle est une fille. Il attend la phase de la circoncision pour parler, aux autres, de son fils. D’où l’oralité est à situer du côté de la mère (femmes) et dans la période de la première enfance.

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L’écrit, de ces ouvrages, est issu du travail qui a fait l’objet d’une thèse que j’ai soutenue en 1989 à Strasbourg : « l’importance de l’oralité dans le milieu traditionnel ». Travailler sur la relation mère/enfant est à priori très risqué de ma part et presque impossible vu l’idée de désigner la mère du milieu traditionnel. On sait que c’est un milieu de femmes et les hommes n’y ont pas le droit d’accès facilement.

D’ailleurs selon le Docteur BAUER, éminent psychiatre et psychanalyste à Strasbourg « …Ne vous aventurez pas, me disait-il, dans la relation mère/enfant directement… » vu mon statut d’homme, il avait raison : car comment accéder à un milieu de femmes par excellence… « mais réfléchissez à un autre moyen pour travailler votre hypothèse » avait-il remarqué.

Ce moyen dont parlait le Dr BAUER, est la clinique : c’est-à-dire l’écoute du sujet ou le malade dans son lieu : c’est la psychiatrie. J’ai trouvé cela ingénieux de visiter la relation mère/enfant à travers le discours du patient. Moi, qui ne connaissais rien en clinique freudo-lacanienne, j’appréhendais beaucoup un outil qui s’appelle le « langage ». Par ailleurs, cette clinique qui consistait à privilégier le langage et surtout son interprétation : est la psychanalyse. Pour moi, il s’agit surtout en plus de réaliser ce travail de tenir compte du facteur socio-culturel.

Avant de se lancer dans la théorie freudo-lacano-Kleinienne en ajoutant une référence essentielle à CLAVREUL qui dit, à propos du symptôme, « C’est un lieu où se croisent signifiants corporels et linguistiques » ; J’ai dû explorer dans le 1er Tome le déroulement socio-culturel de l’éducation de l’enfant dans le milieu traditionnel où évolue ce dernier et ce dès sa naissance à son âge d’adulte.

C’est dans le tome 2, où j’ai qualifié cette tâche comme difficile à savoir cette écoute des patients souffrants d’une affection psychologique et mentale diagnostiquée comme telle par les psychiatres. En fait, j’ai débuté mon travail en psychiatrie par un stage qui a duré un an dans le service du professeur Singer (Strasbourg) et un an au service de psychiatrie de Sétif. J’ai dit que c’était une tâche difficile, car pour moi, il s’agit de faire le métier du psychologue et du psychothérapeute : c’est une écoute avec empathie et en même temps avec du recul nécessaire.

Par ailleurs, dans cette écoute, j’ai fait appel au langage pour déchiffrer le symptôme physique ou psychologique et pointer mon hypothèse qui est l’importance de l’oralité et son expression dans la relation mère/enfant dans le milieu traditionnel. Par conséquent, pour expliquer cela, je me suis référé à l’idée et aux moyens suivants : à savoir que l’enfant utilise le jeu pour s’exprimer et dire quelque chose. Il nous signifie qu’il y a de l’ordre symbolique chez l’humain : et ce en ayant cette capacité, que je peux qualifier d’innée, de représenter la présence et l’absence de l’objet (la mère) par des signifiants, ainsi l’exemple du jeu de la bobine donné par Freud (FORT et DA qui veut dire respectivement en Allemand : LOIN et LA) ; fait une représentation de l’objet qui disparait et qui réapparait.

Cette nomination de l’absence et de la présence satisfait l’enfant car le sens remplace l’absence de l’objet, on peut dire qu’il se contente de cette nomination. J’ai parlé aussi (tome 2) des représentations à savoir les représentations de choses et représentations de mots. La signification de la représentation des mots s’obtient par la liaison avec la représentation des choses (objet). Ainsi la représentation de l’objet ne peut avoir un sens qu’avec son attachement à la représentation de mot. En effet, la linguistique (De SAUSSURE) évoque aussi le signe linguistique : qui est composé du signifié qui renvoie au mot : exemple : le terme : TABLE et du signifiant qui renvoie à la chose « référent » exemple : cet objet en bois avec quatre ou six pieds et sur quoi on peut manger ou écrire et qu’on appelle : Table.

De SAUSSURE nous dit que le rapport entre le signifié et le signifiant (Se/Sa) est arbitraire ; et que ce sont les membres de la société, le groupe ou la collectivité qui se sont mis d’accord pour désigner ce référant avec quatre pieds et une planche et l’appeler « Table ». Le psychanalyste Lacan examine ce rapport de signifiant et de signifié et l’inverse (Sa/Se) en accordant une grande importance au sens, dans tout langage, pour dire que c’est le signifiant qui prend la suprématie. Il inscrit le Signifiant en haut de la barre et finit par supprimer le signifié car la langue (écrite ou parlée) ne peut dire tout. C’est pourquoi dans son discours, Lacan affirme que le concept du langage dépasse largement celui de la langue. La langue (les mots : m. o .t . s.) exprime un nombre de sens limités : c’est un sujet supposé savoir. Le signifiant dont il parle renvoie au sens et aux significations essentiellement au niveau inconscient. Ainsi la psychose, pour lui, révèle l’inconscient comme la névrose.

En fin, le symptôme (physique ou psychique) au sens large fait partie du langage, il renvoie à un sens en rapport direct avec la subjectivité du sujet et son histoire. J’ai choisi dans ma recherche d’interroger le symptôme anorexique, boulimique, psychosomatique et psychotique pour explorer l’importance de l’oralité dans le milieu traditionnel.

J’ai écouté et travailler avec plus de vingtaine de patients ; j’ai dû retenir 7 ou 8 sujets pour cette recherche, cependant tous les patients que j’ai vu m’ont appris énormément. Le matériel recueilli me renvoyait effectivement à ce climat vécu dans la petite enfance par le patient. Ce climat est évoqué dans les moments les plus critiques ou cet autre se trouve cruellement manquant ; il est évoqué aussi avec nostalgie pour dire qu’il était comblant ou bien combien il était sécurisant mais en revanche perdu.

Ma visée par conséquent consistait de mettre en lumière la spécificité des discours de patients (hommes et femmes) afin d’éclairer ce dont il est question dans les symptômes dont ils sont affligés. Tout en présentant une sémiologie étiologique parfaitement cohérente du point de vue médical, ces symptômes semblent porter témoignage d’une autre cohérence. Celle-ci relève plus précisément d’une sémiologie sémiotique venant éclairer le fait que, pour le patient, le symptôme peut être entendu comme ayant un sens, même si ce sens n’est pas forcement clair pour le patient lui-même. Le clinicien peut y faire lecture d’une cohérence aussi bien par rapport à l’histoire singulière du sujet que par rapport à sa culture.

J’ai choisi de questionner la relation mère/enfant et surtout l’environnement de cette relation qui révèlent des éléments importants de la culture et du mode de vie issus justement du milieu concerné.

L’écoute des patients disparates (en France et au Maghreb) des situations de psychoses, de névroses et des situations qui sont diagnostiquées comme ayant des troubles de l’oralité tels que l’anorexie et la boulimie, me rapprochent d’une manière pertinente à cet environnement. Par ailleurs l’analyse des entretiens a été effectuée en référence des théories psychanalytiques qui a pour hypothèse de relever l’impact des conduites et des paroles dont les effets sont repérables dans les différents symptômes, d’une manière trop insistante pour que l’attention ne soit pas retenue. A partir de là, je me suis fixé un cadre pour faire parler le sens des symptômes dont souffrent ces patients. Certes les patients offrent au préalable au médecin un corps altéré par la maladie et des symptômes qui révèlent de telle ou telle nosographie. Mais leur symptôme témoigne en outre d’une signification spécifique à la culture ou ils sont nés, bref à la culture de leur environnement maternel. Le symptôme révèle une souffrance « signifiante » ou le passé de ces patients, leur histoire, et l’importance de leur culture qui donne à telle ou telle zone du corps ou comportement une place privilégiée, conjoignent leurs effets et leurs importances. L’idée pour moi est de mettre en lumière la dimension culturelle de cette approche que réalise la mère auprès de son enfant (garçons ou filles). Toute culture désigne tels ou tels lieux du corps comme supports privilégiés du sens de l’existence des sujets « souffrants ».

J’ai essayé d’argumenter le fait que les difficultés et les crises dont ils sont l’objet, qui se manifestent à travers des souffrances du corps matériel, sont liées à cette spécificité socio-culturelle et peut-être à cette souffrance relationnelle dont la mère, qui fait partie du corps socio-familial et par conséquent socio-culturel, organise son approche de son enfant. En fait cette description de la manière dont la famille (la mère, le père, les grands parents et autres) se structure et donne une orientation centrale à cette façon d’approcher l’enfant dès sa naissance et que j’appelle : l’Oralité.

La notion du tiers :
En philosophie :
a – Dans le vocabulaire de la philosophie (Louis Marie MORFAUX), le tiers est défini comme « un espace qui sépare deux ou plusieurs choses… à égale distance de deux extrêmes » (Ce tiers se place au milieu). C’est la troisième personne qui vient au troisième rang mettant de la distance. Les mots mettent de la distance. Ainsi, parler à trois introduit justement de l’intermédiaire (de la distance), ce qui diffère de la parole à deux. La relation duelle est essentiellement un espace imaginaire sans distance. Cet imaginaire est le produit de la période orale c’est-à-dire la relation duelle, une relation mère/enfant non médiatisée.

b – Dans le dictionnaire d’étymologie, le mot tiers signifie : 3ème personne, qui est présente ou absente mais ne cesse de faire effet. Exemple : N’en parlez pas que par le biais d’un Tiers ou bien qu’à un Tiers : Je veux dire de ce que provoque ce tiers, de son effet qui par ailleurs existe en nous et qui prend la position de contrôle (au sens conscience) de ce qu’on fait et de ce qu’on dit et qui rappelle la notion de Surmoi Freudien sans être tyrannique. Par conséquent, sous son contrôle on peut parler ou faire, sans s’engouffrer dans l’imaginaire de cette relation duelle puisque ce tiers met de la distance dans relation en question, entre notre imaginaire et nous. Ce tiers n’est-il pas ainsi notre propre conscience qui nous incite à rendre des comptes devant l’Autre ou devant les autres ? On note aussi, dans ce dictionnaire, que d’être en situation de Tiers ou être en tiers, c’est être en plus de deux personnes : c’est être ou parler à trois car à trois on parle avec moins d’affect et moins de subjectivité. C’est à ce tiers, qui crée de la distance, que je me réfère dans une relation éducative et c’est à grâce à cela que je peux rendre des comptes.

C’est une notion psychanalytique :
– Si la « vérité » qu’on porte en nous, sans le savoir se communique difficilement, cependant chacun peut la découvrir en soi, à condition qu’il y ait un accompagnement : c’est la fameuse « Maïeutique » de Socrate.
– De même la notion du « tiers » non plus ne se communique pas, elle se révèle parce qu’elle est suscitée, (ici l’accompagnateur est aussi décisif). Elle s’observe à travers le comportement de la personne. Elle ne se parle ou elle ne se dit que par des métaphores, des métonymies des réverbérations… Elle se signifie par association d’idées. Elle n’est pas comme un signal du code de la route qui s’apprend par cœur.

Par conséquent, le tiers pivot de la distance, est une notion qui rappelle la loi symbolique, et l’interdit. Cette loi, symbolique est du côté du langage. Elle est représentée souvent par le père, car le rôle de ce dernier est la création ou la construction d’une distance entre l’enfant et sa mère. Le père représente souvent ce tiers. Je dis bien le père. (C’est là où émerge la notion du père symbolique). Par ailleurs, au niveau de la transmission, ce n’est pas le père seul qui transmet cette loi. Et ce n’est pas la mère seule non plus qui fait ce travail. Ce sont les deux conjointement ; la cohérence entre les deux est de mise. La métaphore de la notion du tiers est suscitée et transmise par le biais du langage (parole ou comportement), c’est-à-dire son sens et sa signification. On ne peut pas, dans la vie faire n’importe quoi ; notre référence aux règles et aux lois (Loi) nous structure.

Justement par rapport à l’objet maternel, le discours de la mère sur le père signifie cette règle (qui est finalement la règle de l’interdit de l’inceste ; et quoi qu’il en soit, c’est la mère(ou son substitut) qui doit toujours l’étayer en parlant à son enfant, car elle(ou il) est la(le) plus proche. On peut imaginer si, cette dernière, ne le fait pas ou ne souhaite pas le faire, même inconsciemment ; qui peut le faire ? L’enfant ne reste-t-il pas prisonnier dans l’espace maternel ?

Le père en tant que représentant de la loi, est aussi soumis à cette loi. Son intervention peut être avant tout signifié et transmise par la mère ; car si le père est absent physiquement, ce dernier peut être présent dans le discours de la mère et l’enfant entend cette référence qui s’articule à la loi, et finit par en avoir une représentation. Car la loi et la règle créent une distance par rapport aux objets et lui permettent en plus d’éviter l’aliénation au désir de sa mère ; c’est-à-dire de se projeter pour devenir adulte. Bien entendu, on peut jongler avec cette notion mais l’outil, ici, qui nous permet d’atteindre cet objectif est, l’accompagnement de l’enfant, dans sa vie, toujours par la parole. L’adulte accompagnateur qui peut être : un parent, un éducateur ou à un psychologue… doit toujours impliquer cette notion du tiers. L’intégration de cette notion ne s’apprend pas avec une instruction scolaire, l’outil scolaire est un plus. Mais elle se transmet à l’enfant dès le premier âge dans la relation parent /enfant. Il y a des enfants qui n’ont pas eu la chance de la rencontrer parce que cet adulte ou accompagnateur qui est en face est inopérant ou inexistant. Cependant, si cet apprentissage et son déroulement, après un certain âge de l’enfant, se compliquent : ils ne pourraient se faire que dans un cadre éducatif spécialisé, mais il ne se réalise pas évidemment. En effet, dans la vie extra-familiale : l’école ou la rue, n’a pas la vocation, la compétence et le temps de s’arrêter amplement pour aborder la question.

En éducation spécialisé la notion du « tiers » signifie l’interdit ?

J’ai dit qu’il faut un certain âge, pour parler de la question du déficit de cette notion « de tiers », car sa visibilité est dans son opérationnalité. L’appel à un milieu spécialisé, par conséquent à un personnel formé, est nécessaire pour les enfants qui manifestent ce déficit ou cette « forclusion » de cette notion. C’est un travail d’équipe entre psychologues et éducateurs et tout adulte qui a en charge de près ou de loin l’enfant en difficulté. Ce travail recommande un discours cohérent. En effet, lorsque les interventions se juxtaposent uniquement sans se préoccuper du sens, l’enfant manifeste son éparpillement ; par conséquent l’appel à la structuration s’impose et il faut un accompagnement dans la « règle » et par la règle. Le temps qui est un élément important, et au plutôt on se rend compte, plutôt la difficulté de l’enfant peut être entendue. Par ailleurs, l’enfant vit dans un milieu protégé car le moindre comportement de ce dernier doit être parlé par lui et su par l’équipe qui le prend en charge, de sorte qu’on peut intervenir, aussi dans les moments opportuns pour raccommoder et restructurer, si je puis dire, l’ordre symbolique. Son comportement à l’école et dans la structure où il vit (activité- sorties-vie relationnelle etc…) font l’objet d’un suivi de son parcours et de sa progression par l’équipe. Puisque la notion du tiers (l’interdit, la loi et la règle), est endogène à l’enfant, il faut faire en sorte que ça émerge et surtout ça fonctionne mais pour que cela fonctionne, il faut l’extirper (structure et cohérence) étape par étape s’il faut, dans le quotidien de l’enfant. Car cette acquisition symbolique ne s’offre pas. Elle émerge et se révèle. L’enfant est prédisposé à l’intégrer si elle est signifiée dans les propos et les comportements des parents ou des adultes avertis. Et comme le dit si pertinemment Ch. HERFRAY dans les figures d’autorité : « l’enfant se heurte à une réalité qui lui signifie qu’il y a l’Autre ». Cet autre a un pouvoir d’influence sur la mère car « c’est vers lui que monte le désir de celle-ci et que… c’est lui qui dort dans son lit, mettant l’enfant à sa place, c’est-à-dire la porte ». Les adultes que nous sommes nous devons témoigner et appuyer que la règle et la culture sont intimement liées et agissantes car elles ont la virtualité de guider toujours le petit de l’homme et sa future progéniture vers l’ordre symbolique : l’humain.

Ahmed ATMANI
Psychologue/ Psychothérapeute